POURQUOI REFUSER LE PROGRES AUX IVOIRIENS?

SYNTHESE DU SEMINAIRE DE PRESENTATION DE L’AUDIT DE LA LIBERTE ECONOMIQUE EN CÔTE D’IVOIRE

La liberté remède contre la pauvreté est la vision d’Audace Institut Afrique (AIA). C’est donc dans le cadre de cette réflexion qu’a été organisé, le 19 septembre 2012, un séminaire de présentation de l’audit de la liberté économique en Côte d’Ivoire en partenariat avec unmondelibre.org et l’institut Fraser, avec le soutien de la fondation Atlas pour la recherche économique. Cet audit, consistait en une matinée de réflexion avec des décideurs, des hauts fonctionnaires, des dirigeants d’entreprises, des universitaires, des représentants de la société civile , des journalistes et étudiants. L’objectif était de situer la Côte d’Ivoire par rapport au reste du monde et surtout de dégager les défis que le pays doit relever pour avancer sur la voie du progrès. Plus un pays accorde de liberté à ses populations, plus elles sont riches. C’est ce que met en avant l’index mondial de la liberté économique réalisé annuellement par l’institut FRASER (Canada).

Revenir à l’éthique universelle

La liberté économique, un défi incontournable sur la voie du progrès est le sujet qui a été abordé en introduction par le professeur Mamadou Koulibaly, président d’AIA. Dans son intervention, il a indiqué que les populations, en général et les africains en particulier, ont tendance à confier leur destin à l’Etat et à tout attendre de lui et ce n’est pas sans conséquences négatives. Il est important d’avoir un Etat, a souligné le président d’AIA car il doit déterminer un cadre harmonieux dans lequel la liberté va s’exercer. Il faut en effet que les populations puissent elles-mêmes s’assumer dignement. Lorsqu’elles s’en remettent exclusivement à l’Etat, celui-ci ne fait pas forcement leur bonheur comme le montre la situation en Côte d’Ivoire depuis les indépendances. Le rôle de l’Etat est de créer des conditions pour l’épanouissement des populations (assurer la sécurité et la défense, établir une justice équitable et un Etat de droit). Abordant la question des droits de l’homme, Mamadou Koulibaly a indiqué que le cœur des droits de l’homme est d’abord moral. Il a cité quatre composantes qui sont le cœur de l’éthique universelle : la vie, la propriété, la liberté et la résistance à l’oppression. Il est impératif de revenir à l’éthique universelle et de s’assurer qu’elle soit bien définie pour une bonne justice. Le président d’AIA a terminé en invitant les populations à reprendre confiance en elles-mêmes, à ne plus tout attendre de l’Etat mais au contraire à faire pression sur les dirigeants pour qu’ils leur accordent les libertés économiques nécessaires au recul de la pauvreté.

Pourquoi refuser le progrès aux Ivoiriens ?

Le docteur Emmanuel martin, responsable du projet un mondelibre.org, projet français de la fondation ATLAS pour la recherche économique, a présenté les chiffres de l’audit de la liberté 2011. Il a d’emblée signifié que les entrepreneurs sont les faiseurs de progrès plus que les hommes politiques. Cependant quand les conditions institutionnelles ne sont pas propices ceux-ci n’arrivent pas à libérer leurs talents et à produire de la richesse. Il a passé en revue les 5 grands thèmes de l’audit réalisé par les chercheurs de l’institut FRASER (Canada).

1-    La taille de l’Etat : l’Etat ivoirien est trop envahissant, au sens où le poids des investissements des entreprises du secteur public et de l’Etat reste important. L’Etat déborde de sa mission et s’immisce dans des domaines économiques qui devraient être dans les mains du secteur privé, dans un environnement ouvert et concurrentiel. Notons aussi que la fiscalité complexe et coûteuse est une mauvaise incitation qui freine l’activité économique.

2-    Le système juridique : L’Etat de droit est l’ossature de la liberté. Sans état de droit le dynamisme économique et la croissance se voient fortement limités. L’audit révèle que le système juridique ivoirien est très mauvais et c’est même la plus grande faiblesse qui ressort de cet audit. Il faudrait donc faire des efforts pour l’indépendance et la qualité de la justice pour ne pas décourager les investisseurs. Il faudrait aussi réduire le délai d’exécution juridique des contrats.

3-    Monnaie saine : Le sang d’une économie est la monnaie. En économie, la monnaie est le lien social. Si l’Etat corrompt une monnaie, tout s’écroule. La monnaie est donc fondamentale dans une économie pour protéger les droits de propriété et financer l’investissement. L’inflation, quant-à elle, génère l’incertitude et perturbe la planification de l’investissement et des activités. Il est donc essentiel que la Côte d’Ivoire fasse des progrès dans le sens de l’assainissement et de l’indépendance de sa monnaie car il est dangereux de ne pas avoir l’outil monétaire en main. C’est pourtant le cas des pays de la zone franc dont la monnaie est gérée en France et reliée à l’euro. Quand on connait les difficultés rencontrées par la zone euro actuellement, ceci suscite des doutes et devrait inciter les pays de la zone franc à engager des réformes de fond rapidement.

4-    Liberté du commerce international : en Côte  d’Ivoire, la moyenne des taxes sur les importations et les exportations  est trois (03) fois plus élevée que la moyenne mondiale. Les individus et les entreprises ivoiriennes devraient pourtant être en mesure d’acheter et de vendre à qui ils souhaitent en Côte d’Ivoire et dans le monde entier.

Pour reprendre la théorie d’Adam Smith, plus la taille du marché est large, plus il y a des potentialités dans la division du travail. Cela crée un effet « boule de neige » qui se manifeste par plus d’emplois, plus de revenus donc le recul de la pauvreté. On peut donc parler de cercle vertueux quand le commerce international n’est pas entravé. L’ouverture au commerce international a ouvert la voie de la prospérité à de nombreuses nations.

5-    La règlementation : La règlementation a été analysée en trois points : la règlementation du secteur bancaire et celles du travail et des affaires.

-    Au niveau de la règlementation du crédit, beaucoup reste à faire. La Côte d’Ivoire doit ouvrir la concurrence entre les banques, améliorer la bancarisation et la densité de son réseau bancaire. Le manque de crédit, dans un environnement de surliquidité, freine la création d’entreprises. Les banques préfèrent financer des crédits de consommation à court terme plutôt que de financer les projets à longs terme.

-    Au niveau du marché du travail, retenons que la rigidité des heures de travail et les coûts élevés du licenciement créent de mauvaises incitations pour les entrepreneurs et freinent la création d’emploi. Cependant, les chiffres de la Côte d’Ivoire sur ce point doivent être revus par rapport à la réalité du terrain. En effet, la majorité des emplois sont dans l’informel ce qui fausse sur ce point les travaux des chercheurs de l’institut Fraser.

-    Commentant la réglementation des affaires, Emmanuel Martin a indiqué que c’est l’Etat qui, par la sur-règlementation, contribue à pousser les populations dans le refuge de l’informel. En effet, une règlementation trop stricte peut ralentir la création et l’expansion de l’entreprise en réduisant la création de profit. Notons que la sur-règlementation est souvent le nid de la corruption.

Lors des échanges les participants ont soulevé le problème des entreprises en situation de monopole qui écrasent l’initiative locale. Emmanuel Martin a bien souligné que ces monopoles ne peuvent exister sur un marché ouvert et qu’il s’agit forcément de marchés protégés par les dirigeants du pays au profit d’entreprises amies avec bien sûr un socle de corruption important. Quand une entreprise est seule sur un marché et qu’en plus elle est protégée par des dirigeants, elle fixe les prix qu’elle veut et ce sont les consommateurs qui doivent payer le prix fort. L’Etat doit sortir de la sphère économique et cesser d’entraver les échanges commerciaux. Aujourd’hui, les formalités et les frais de douane freinent le commerce et isolent la Côte d’Ivoire du reste du monde. Les Ivoiriens ne doivent pas avoir peur de s’ouvrir au monde. On a souvent tendance à leur faire croire qu’il faut se fermer et se protéger pour ne pas être mangé par le reste du monde. Pourtant, la seule vérité économique universelle créatrice de richesse réside dans l’échange. Le vrai problème du pays est le manque de liberté qui conduit les plus grands entrepreneurs et les plus créatifs des habitants dans l’ombre. Jamais Steve Jobs, pionnier de la révolution de l'ordinateur, n’aurait pu inonder le monde de sa créativité s’il n’avait pas vécu dans un environnement libre !

En ce qui concerne la fixation des prix, l’un des participants a exposé son inquiétude si les prix étaient totalement libérés au risque de conduire au désordre et à des augmentations de prix faramineuses. Le conférencier a rappelé que les prix transmettent une information sur la rareté d’un bien ou d’un service. Si les prix sont fixés, tout est embrouillé et les entreprises n’ont plus d’incitation à offrir de la bonne qualité. Si un produit est abondant à certaines périodes, le prix baisse. S’il devient rare, son prix augmente. C’est naturel et ce n’est pas le rôle de l’Etat de fixer les prix.

De cet audit, on retient que la Côte d’Ivoire reste parmi les « mauvais élèves » de la liberté économique (les chiffres de l’index de l’Heritage foundation le confirment). Les chiffres de 2012 qui ont été rendus publics le 18 septembre, veille du séminaire, confirment la tendance puisqu’il y a peu d’écart par rapport à ceux de 2011 et que la plus mauvaise note reste sur le système juridique. La Côte d’Ivoire a donc de nombreux défis à relever. Cette perspective constructive devrait rassembler les Ivoiriens autour du challenge de la liberté. En ce sens, les participants ont interpellé l’institut pour continuer le travail de promotion de la liberté en l’incitant à mener des actions de terrain auprès des associations de commerçants et des agriculteurs pour promouvoir ces idées et notamment l’importance d’un droit de propriété clairement établi et protégé.

Les membres de la société civile présents ont compris l’importance de relayer toutes ces idées autour d’eux pour que les Ivoiriens comprennent enfin que la pauvreté n’est pas fatale et qu’il existe des voies propices à la création de richesse dans la dignité.


Les intervenants :


Mamadou KOULIBALY, Président d’Audace Institut Afrique.

Emmanuel MARTIN, Docteur en économie, attaché à la Fondation Atlas pour la recherche économique, Projet www.UnMondeLibre.org.

 


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