L’allongement du mandat présidentiel de cinq à sept ans progresse rapidement en Afrique. Présentée comme une réforme technique visant à renforcer la stabilité institutionnelle et l’efficacité de l’action publique, cette évolution constitutionnelle révèle en réalité une dynamique plus profonde et plus inquiétante : celle d’une consolidation durable du pouvoir exécutif, souvent au détriment de la démocratie et de l’alternance politique.
Derrière un discours de modernisation et de rationalité économique, le septennat apparaît de plus en plus comme un instrument politique permettant d’espacer les élections, de neutraliser la concurrence et de prolonger le pouvoir dans des contextes où les contre-pouvoirs restent fragiles.
Le mythe du temps long comme solution miracle
Les partisans du septennat invoquent un argument central : cinq ans seraient insuffisants pour gouverner efficacement. Dans des États confrontés à des défis majeurs, infrastructures déficientes, systèmes éducatifs et sanitaires à reconstruire, économies peu industrialisées, le temps long serait une condition indispensable au développement. À cela s’ajoute le coût élevé des élections, qui pèse lourdement sur des finances publiques déjà contraintes.
Cet argumentaire, séduisant en apparence, n’est pas dénué de fondement. Les plans nationaux de développement africains exigent continuité, stabilité et visibilité. Mais il repose sur un postulat contestable : celui selon lequel l’élection serait un obstacle à l’efficacité, et non un mécanisme de légitimation et de correction de l’action publique. En réalité, le problème n’est pas tant la durée du mandat que la faiblesse des institutions chargées d’encadrer le pouvoir.
Surtout, l’argument du temps long est appliqué de manière sélective. Il sert rarement à renforcer la planification ou l’évaluation des politiques publiques, mais très souvent à justifier la réduction de la fréquence des scrutins, dans des pays où chaque élection constitue un risque politique majeur pour les dirigeants en place.
Une stratégie assumée d’évitement électoral
L’observation des réformes récentes révèle un schéma récurrent. Au Tchad, le passage au septennat s’est accompagné de la suppression pure et simple de la limitation des mandats, ouvrant la voie à une présidence potentiellement illimitée. En Guinée, la nouvelle constitution adoptée en 2025 renforce considérablement le pouvoir exécutif, notamment par la nomination présidentielle d’une partie du Sénat. Au Gabon, la réforme constitutionnelle de 2024 a instauré un mandat de sept ans tout en supprimant le poste de Premier ministre, concentrant davantage le pouvoir entre les mains du président.
En République centrafricaine, l’extension du mandat s’est inscrite dans une révision constitutionnelle plus large, marquée par un renforcement massif de l’exécutif et l’effacement progressif des garde-fous institutionnels. Même lorsque la limite de mandats est officiellement maintenue, comme au Bénin ou au Burundi, la réforme est perçue par une partie de l’opinion comme une manœuvre destinée à affaiblir la concurrence politique et à redessiner les règles du jeu au profit du pouvoir en place. Le Zimbabwe de son côté se prépare à se tourner lui aussi vers le septennat.
Dans ces contextes, le septennat n’est pas une réponse technique à un problème de gouvernance ; il est une réponse politique à une crainte : celle de perdre le pouvoir lors d’élections incertaines.
Autocratisation graduelle et usure de l’opposition
Allonger le mandat, c’est réduire le nombre d’échéances électorales, donc limiter les moments de reddition des comptes. C’est aussi offrir au pouvoir en place davantage de temps pour user l’opposition, fragmenter les coalitions adverses, contrôler les médias, remodeler les commissions électorales et, au besoin, modifier à nouveau la constitution.
L’histoire récente du continent est riche d’enseignements. Au Rwanda et au Congo-Brazzaville, l’instauration ou l’utilisation prolongée du septennat a été suivie de nouvelles révisions constitutionnelles permettant de « remettre les compteurs à zéro » et d’ouvrir un nouveau cycle de mandats. Ces précédents montrent que le problème n’est pas la durée en soi, mais l’usage stratégique du droit constitutionnel comme outil de prolongation du pouvoir.
Dans ces conditions, parler de stabilité institutionnelle relève souvent de l’illusion. La stabilité ainsi produite est moins celle des institutions que celle des dirigeants.
Un choix politique lourd de conséquences démocratiques
Le débat sur le septennat dépasse largement la question du calendrier électoral. Il pose une interrogation fondamentale : quelle place accorde-t-on à l’alternance et au contrôle citoyen dans les trajectoires de développement africaines ? En faisant de l’élection un coût à réduire plutôt qu’un droit à garantir, certaines réformes constitutionnelles inversent dangereusement la logique démocratique.
Sans justice indépendante, sans presse libre, sans opposition crédible et sans institutions électorales autonomes, le septennat risque moins de favoriser le développement que d’enfermer les États dans des cycles prolongés de pouvoir personnel. La stabilité obtenue par l’évitement électoral est une stabilité fragile, souvent précaire, et potentiellement explosive à long terme.
En définitive, le septennat n’est pas une panacée. Il peut, dans des contextes institutionnels solides, s’inscrire dans une logique de gouvernance responsable. Mais dans l’Afrique contemporaine, telle qu’elle est aujourd’hui, il fonctionne trop souvent comme un outil d’autocratisation progressive, maquillé en réforme technique. Le vrai défi n’est donc pas de gouverner plus longtemps, mais de gouverner sous contrôle.
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LE SEPTENNAT PRESIDENTIEL EN AFRIQUE.Version-complete
Auteurs :
• Donatien ADOU PhD, est directeur du pôle bonne gouvernance d’Audace Institut Afrique, consultant en recherche, enseignant-chercheur de Sciences Politiques.
• Flavio MIAYO, est spécialiste dans la gouvernance des États fragiles.